C’est toujours la même histoire, la même micro-tragédie qui passe, à peine remarquée dans le flot des dépêches. Un homme, une femme meurent. Chez eux.
Dans la plus totale indifférence. De leur famille (s’ils ont en une). De leurs voisins (toujours abasourdis). De la presse nationale (”c’est quoi l’actu, là ?”). Un jour leur vie cesse. Et on les
retrouve des années après. Décomposés. Momifiés.
Hier, mardi, dépêche AFP : le corps de Dalila Benhamed, dont l’âge n’a pas été précisé, a été découvert lors du passage d’un huissier dans son appartement, plusieurs mois après son suicide. Elle
habitait un appartement situé au rez-de-chaussée d’un immeuble de quatre étages rue de Pontoise dans une cité, de plus de 500 résidents, à Stains au nord de Paris. Le 18 septembre, un huissier et
des policiers se présentent à son domicile, un petit F2, pour réclamer à cette femme des impayés de loyers. En défonçant la porte, ils découvrent un corps en décomposition gisant dans la salle de
séjour. De source judiciaire, le décès de cette femme “dépressive”, qui avait été gardienne dans la cité où elle résidait, est considéré comme un suicide qui remonterait à “plusieurs mois”.
C’est toujours la même histoire. Celle de José, que nous raconte Le Parisien, retrouvé mort dimanche dernier, le soir, dans son appartement de Poissy,
littéralement momifié. Son décès remonte à 2007. “Il y a de fortes chances que ce soit José de Macedo, 62 ans, précise une source proche de l’affaire. Mais le cadavre est tellement décomposé qu’on
ne peut pas l’identifier. Il ressemblait à une momie ou à un squelette. La boîte aux lettres était remplie de courrier et, dans le réfrigérateur, les forces de l’ordre ont découvert un yaourt
datant de novembre 2007. “Moi, la première et la dernière fois que j’ai vu ce petit monsieur, brun et un peu rond, c’était en 2007. Le jour de mon emménagement, raconte une mère de famille. Après,
je ne l’ai plus jamais vu. C’était vraiment un fantôme.” José était retraité. Son loyer devait être prélevé automatiquement. Contacté hier, le bailleur HLM Icade estime que, “dans la mesure où le
loyer était payé normalement, il était impossible de déceler le problème. Le gardien n’a pas vocation à surveiller les allées et venues des locataires.”
C’est toujours la même histoire. Le corps sans vie d’une femme âgée de 66 ans a été découvert fin septembre dans son appartement, situé rue Brizeux, à
Lorient, nous rapportent Le Télégramme et Ouest-France. Le cadavre momifié laisse à penser que le décès remonterait à plusieurs mois. Selon un voisin, résidant au troisième étage de l’immeuble, il
n’avait plus aperçu la sexagénaire, habitant au premier étage juste au-dessus des garages, depuis deux ans. “Même la mère de la défunte remarque “Le Télégramme”, n’a pas été entendue durant de
longs mois. Pourtant, la dame, âgée de 81 ans, réclamait régulièrement sa fille qui ne venait plus la visiter à la maison de retraite, à Caudan (Morbihan). C’est à la suite de l’une de ses demandes
que le mystère de cette absence a enfin été levé. Tout simplement en ouvrant la porte de l’appartement. Le 24 septembre, la police a retrouvé la femme gisant dans son lit. L’enquête a conclu à une
mort naturelle.”
C’est toujours la même histoire. Vendredi 28 août. Dépêche AFP : “Le corps d’une quinquagénaire décédée depuis 2006 a été découvert mercredi après-midi
dans l’appartement qu’elle louait à Mâcon (Saône-et-Loire), signe de la «désocialisation complète» de cette mère de famille en plein centre-ville. Selon le substitut du procureur de Mâcon, Frédéric
Jacques, le cadavre de cette femme a été retrouvé « complètement momifié », assis sur les toilettes de l’appartement situé dans une rue piétonne de la ville, par un huissier, un serrurier et un
policier venus après des impayés de loyer.”
C’est toujours la même histoire. Mercredi 4 mars 2009. Dépêche AFP datée de Lyon : “Le corps momifié d’un chômeur de 49 ans, mort depuis près de
deux ans, a été découvert hier, mardi après-midi, dans son appartement d’une cité HLM de Brignais, dans la banlieue lyonnaise, a-t-on appris aujourd’hui auprès de la gendarmerie. Selon les
résultats de l’autopsie, l’homme serait décédé de mort naturelle. C’est la police municipale qui, inquiète de ce que le locataire n’ait plus donné signe de vie depuis près de deux ans, a alerté les
gendarmes.” Damien Gouy-Perret, responsable de la communication à l’OPAC du Rhône a déclaré :“Son loyer était payé par prélèvement mensuel. Il n’y avait aucune raison de penser qu’il avait disparu
jusqu’à ce que l’on s’aperçoive que des courriers datés de 2006 débordaient de sa boîte aux lettres
Le cadavre décomposé d’une femme a été découvert dans son domicile à Piedmont, dans le comté d’Alameda (Californie), nous relate The San Francisco Chronicle du 26 février 2009. On ne l’avait
plus vue depuis des années. Selon les documents municipaux, la propriétaire de l’appartement serait Patricia Bostrom, née en 1922. D’après un voisin, la fille de Mme Bostrom habiterait derrière la
maison. Personne n’a répondu à la porte. Un autre voisin raconte qu’il n’avait plus vu Patricia Bostrom depuis des années et que son mari était mort il y dix ans.
C’est toujours la même histoire… ”Ça s’passe partout dans l’monde chaque seconde Des visages tout d’un coup s’inondent. Un revers de la main efface. Des fois on sait pas bien c’qui
s’passe” (Alain Souchon, Ultra-moderne solitude)